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14.12.2007

 

Lire la Bible - 15. L'inépuisable lecture Imprimer


Jacques Chopineau

La Bible constamment se relit elle-même et, ainsi, se relie elle-même dans toutes ses parties. Des textes d’anciennes lois sont relus, c’est à dire actualisés, par la voix des prophètes. D’autres textes, souvent plus récents, expriment la voix des sages, des lévites chantres ou enseignants, du peuple.

Il arrive plusieurs fois qu’un même événement passé soit l’objet de jugements différents. Par exemple, la figure du grand roi David est bien différente selon le deuxième livre de Samuel et selon le premier livre des Chroniques. Dans le premier cas, le grand roi n’est pas exempt de terribles défaillances; dans le second, le grand David est le roi idéal vers l’image duquel la piété lévitique est orientée, en un temps où il n’y a plus ni royauté, ni indépendance nationale, ni même de peuple réuni. De même, le terrible exil babylonien, interprété plus souvent comme un châtiment, fait l’objet d’un jugement tout différent selon d’autres textes : « Tu nous livre comme petit bétail de boucherie et parmi les nations tu nous as disséminés…Tout cela nous est advenu et nous ne t’avions pas oublié, nous n’avions pas trahi ton alliance...» (23).

Plusieurs fois, des questions centrales comme celle de la rétribution (le châtiment des méchants, la récompense des justes...) font l’objet d’interrogations : « Voici ce que sont les méchants. Toujours tranquilles, ils accroissent leurs richesses. C’est donc en vain que j’ai gardé mon cœur pur et que je lave mes mains dans l’innocence !» (24).

Un même événement n’est pas perçu de la même manière par tous les croyants, surtout en des époques différentes. Un même texte n’est pas «relu» de la même manière en des époques différentes, dans des milieux différents. Bref, il est impossible de réduire la Bible à une perspective de lecture «biblique»: il n’y a pas davantage, et c’est heureux, une seule lecture de ces textes, valable en tous temps. Et pas davantage une méthode d’approche qui soit indiscutable, même si elle se pare des prestiges d’une science particulière.

Il n’y a jamais eu, même à époque ancienne, une seule lecture parce que toute lecture est une «relecture». Le Nouveau Testament est aussi une relecture de la Bible hébraïque! Dans la lecture chrétienne, les deux «Testaments» sont liés entre eux par une lecture unifiante. C’est la lecture qui unit les textes divers de ce corpus canonique. Et il n’existe pas de lecture qui puisse faire abstraction du lecteur.

Jacques Chopineau, Lire la Bible, Ed. de l'Alliance, Lillois, 1993, p.39-40

(23) Psaume 44/12-18
(24) Psaume 73/12s

          

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11.11.2007

 


Un survol des nombres 6, 8, 36, 666

 

 

Dans le symbolisme numérique qui est mis en œuvre dans la Bible, ces nombres 6, 8, 36, 666 sont liés entre eux. Certes, il s’agit d’un lien symbolique, et non toujours d’un lien arithmétique.

• Prenons d’abord le cas du nombre 6  « racine symbolique ».

Le nombre 6 (et ses dérivés) réfère aux 6 jours de la création et à « tout ce qu’elle contient ». C’est à cela que font allusion les proportions bibliques du Temple de Salomon. Tous les temples édifiés par la suite seront toujours, symboliquement, des résumés de la création.

Notons que la maison de Salomon (cf. I Rois 6,2) ou l’arche de Noé (cf. Genèse 6) ne sont pas des temples. Les proportions indiquées dans ces deux cas sont celles de la « proportion dorée » (voir les pages consacrées à ce sujet : Le nombre d'or et Les nombres dans la Bible), mais ne font pas référence aux 6 jours de la création.

Mais le nombre 6 n’est pas toujours considéré en lui-même. Lorsque les apocalyticiens méditeront sur le monde et sur sa fin, ils réfléchirons sur 6 et 7. C’est que 6 réfère à la totalité du monde créé ; tandis que 7 est celui du dernier jour de la grande « semaine » de l’histoire du monde.

A première vue, les dérivés sont le triangulaire (21), le rectangulaire (42) et le carré (36). Mais le triangulaire de 6 est également le gnomon  de la série des nombres figurés dont la racine symbolique est 7.

Il faut ici renvoyer à l’introduction aux nombres dans la Bible. Rappelons que ce gnomon est toujours égal au triangulaire du nombre (entier !) précédent (= Tn-1). En sorte que -dans la série des nombres dont la racine symbolique est 7- le triangulaire de 6 sera le nombre-clé :

7   +   21   =   28 (triangulaire de 7)
28  +  21   =   49 (carré de 7)
49  +  21   =   70 (pentagonal de 7)

Chacun de ces nombres connaît -dans la Bible- des utilisations diverses. 28 en particulier : nombre « parfait » égal à la somme de ses diviseurs (1 + 2 + 4 + 7 + 14 = 28). Mais les nombres figurés suivants (49 et 70) sont également bien connus… .

• 36 : Un carré qui est aussi un triangulaire…  

Rares sont les nombres qui -représentés par des cailloux- forment deux figures : un triangle et un carré. C’est le cas de 36  (le nombre suivant dans ce cas est 1225 !).

De ce point de vue, 36 est un nombre curieux. A la fois carré (de 6) et triangulaire (de 8). Il réfère symboliquement aux 6 jours de la création (et, donc, à la totalité de ce qui existe sur la terre).

8 cependant, réfère au « huitième jour » qui le premier jour de la nouvelle « semaine » de l’histoire du monde. Cette symbolique ancienne est, dans le Nouveau Testament, surtout propre aux écrits johanniques et pétriniens.

Le nombre 8 est ainsi le symbole du monde nouveau, annoncé par le déluge qui est la fin du monde ancien, ainsi que le rappelle l’épître de Pierre :
« Eux, ayant refusé de croire, jadis, lorsque temporisait la patience de Dieu, aux jours de Noé, lequel construisait l’arche dans laquelle peu - c’est à dire 8 personnes - furent sauvés à travers l’eau.»
I Pierre 3,20
« Il n’a pas épargné l’ancien monde, mais il a protégé le huitième (homme), Noé, hérault de justice, …»
II Pierre 2,5

On peut comprendre (ce qu’on fait souvent) : « huit personnes dont Noé ». Mais le « huitième jour » qui vient après une totalité temporelle de 7 est une symbolique courante, héritée d’anciennes pratiques Le « huitième » est la marque du monde nouveau.

« Le huitième jour, l’enfant sera circoncis »
Lévitique 12,3

« Le huitième jour, ils eurent une assemblée solennelle »
II Chroniques 7,9

«… le huitième jour du mois, ils entrèrent dans le vestibule de l’Eternel et mirent huit jours à consacrer la maison de l’Eternel »
II Chroniques 29,17 

L’apparition du ressuscité à l’apôtre Thomas aura lieu, de même, un huitième jour : « Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison… » Evangile de Jean 2O,26

C’est là une utilisation qui peut être dite réthorico-symbolique. Elle suppose, en tous cas, une sensibilité à la valeur qualitative du nombre.

• 666 : les crises de la fin  

Dans le langage de l’Apocalypse, les crises de la fin vont être symbolisées par un nombre qui a suscité les explications les plus étonnantes, voire les plus délirantes : 666. C’est un nombre triangulaire (T36 = 666).

Le nombre 36 (= C6 = T8) a une double signification. En tant que carré de 6, il réfère à la totalité de la création qui s’achève. En tant que triangulaire de 8, il réfère au « huitième jour » qui est le premier de la nouvelle semaine. 666 -triangulaire de 36- est ainsi le nombre qui symbolise à la fois le temps des crises de la fin et le commencement difficile d’un monde nouveau :
« C’est ici qu’intervient la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le chiffre de la bête. Car c’est un nombre d’humain : son nombre est 666.» Apocalypse 13,18.

C’est, certes, un nombre d’humain puisque ce n’est pas un nombre de Dieu. De là, de savants efforts pour trouver de quel « homme » il pouvait s’agir. Les solutions proposées ont été nombreuses. Même s’il a fallu pour cela changer 666 en 616 (variante de quelques manuscrits). Au cours de l’histoire, on a y vu Luther  et même Hitler ! Les valeurs numériques des lettres ont permis de faire des calculs jugés, en leur temps, édifiants.

En général, on s’arrête aujourd’hui à l’empereur Néron. Evidemment, cela suppose une seule orthographe  hébraïque  (NRWN QSR : Néron César). Toute autre transcription serait fausse. Mais naturellement, le nom d’un personnage historique peut avoir été visé par l’auteur du texte.

En fait, peu importe le nom de la « bête » qui persécute les justes : chaque époque a le sien. Ce qui est permanent est un nombre jugé significatif - et de racine symbolique 6 et 8, par le biais du nombre 36.

Ces équivalences sont cependant loin d’être claires pour les modernes. La valeur qualitative des nombres et leur utilisation symbolique est souvent devenue étrangère à nos modes de pensée.

Jacques Chopineau, Genappe, 30 juillet 2003  

 


          

 

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À propos du nombre 12

 

 

• Le rectangulaire de 3

Le nombre 12 (et ses dérivés) est un des nombres souvent utilisés dans les écrits bibliques : 12 fils de Jacob, 12 tribus, 12 apôtres, 12 portes de la Jérusalem céleste… Ce nombre joue un rôle central. Entre parenthèses, le drapeau européen compte également 12 étoiles. Peu de personnes se sont avisées de l’origine lointaine de ce qui peut paraître aujourd’hui comme une bizarrerie…

Du point de vue formel, il s’agit d’un nombre rectangulaire (voir sur ce site : l’introduction aux nombres dans la Bible). C’est le rectangulaire de 3 :

Dans les vieilles représentations, 3 réfère à la réalité verticale (ciel, terre, enfer), ou (variante assyro-babylonienne) : ciel, espace intermédiaire, terre. Tandis que 4 réfère au monde horizontal :la totalité du monde humain (les 4 points cardinaux qui sont les 4 vents de l’esprit).

4 réfère ainsi aux "quatre parties du monde" dans la titulature des souverains assyriens ou, dans la Bible, 4 fleuves qui sortent du Paradis et arrosent toute la terre. Ces deux nombres, composés, donnent 12, celui du monde terrestre orienté vers le ciel. Par addition, 3 + 4 = 7, lequel 7 est le nombre de la totalité

Dans l’usuelle numération sexagésimale des anciens sémites (un héritage sumérien que les akkadiens ont transmis à l’ancien monde sémitique dont les hébreux font partie), 12 est le cinquième de l’unité 60. C’est symboliquement le 1/5 de l’humanité - celle qui est distinguée, mise à part, « sauvée »…

• Les 144.000 élus  

Les nombres figurés de racine symbolique 12 sont beaucoup moins connus : si le triangulaire joue relativement  peu de rôle dans le cas du nombre 12, par contre, le carré (144) est utilisé. Ou plutôt, mille fois le carré; 144.000 désignant le nombre des élus : « Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau : 144.000, de  toutes les tribus des israélites.» Apocalypse 7,4

Chiffre symbolique qui, pris à la lettre (ce que certains font !), ne signifie rien. Il est clair que la racine symbolique est 12, ainsi que tous alors le comprennent. 12 est la marque de cette partie de l’humanité dont la patrie n’est pas de ce monde (4), mais du ciel (3), tout en ayant "ici-bas" une demeure provisoire (cf Hébreux 11,14-16). 

• Le temple de Salomon  

Mille fois le carré se retrouve ailleurs, dans un contexte très différent puisqu’il s’agit du Temple de Salomon. Le rappel qui suit ne vise qu’à signaler une similitude dans l’emploi de la multiplication par 1.000 (et non sur le nombre 12, évidemment) : « La maison que le roi Salomon bâtit pour le Seigneur avait 60 coudées de longueur, 20 de largeur et 30 coudées de hauteur.» 1 Rois 6,2 
60 x 20 x 30 = 36.000 soit : 62 x 1.000

36.000 coudées cubiques pour le Temple qui - comme tous les temples - doit être un résumé de la création. En 6 « jours » fut créé tout ce qui existe.

Dans cette utilisation qualitative des nombres, le carré exprime l’exaltation, le paroxysme, la culmination de l’idée exprimée par le nombre-racine. La multiplication par le grand nombre 1.000  (ou même 10.000 : voir infra) suggère un achèvement absolu.

Si le nombre-racine symbolique est 12,  les  « 144.000 élus » (mille fois le carré de 12) sont la multitude affectée du chiffre 12 (joignant ciel et terre): la totalité de l’église…

• La pêche miraculeuse  

Notons que la même totalité est suggérée d’une toute autre manière dans un passage de l’Evangile de Jean (ce qui montre que l’utilisation qualitative et symbolique des nombres n’a rien à voir avec une utilisation quantitative et arithmétique des mêmes nombres) : il s’agit du récit de la pêche miraculeuse (Jean 21. Et peu importe ici de savoir quel est l’auteur ou la date de cette tradition, notre souci est de comprendre l’intention du texte : « Simon Pierre monta dans le bateau et tira à terre le filet, plein de 153 gros poissons…» Jean 21,11

Ce nombre 153 a suscité bien des tentatives d’explication, quelques unes sont fantaisistes et parfois délirantes. La réalité paraît cependant simple : ces 153 gros poissons désignent la totalité de l’église.

Quelques anciens (dont St Augustin) avaient bien vu que ce nombre est un triangulaire (153 = T17), mais pourquoi 17 ? Il faut ici faire la figure pour visualiser ce qui est signifié. Soit un grand triangle qui comporte dix-sept lignes. De 1,2,3…. 15,16 17 cailloux.

Première et deuxième lignes (1 + 2) forment un petit triangle de trois cailloux figurant le sommet et la pierre angulaire de l’ensemble.

Les trois lignes suivantes (3 + 4 + 5 = 12) désignent les douze apôtres dépendant de la pierre angulaire et appuyés sur elle. Notons que la mesure des côtés du triangle "cosmique" des pythagoriciens aurait comme mesures ces mêmes nombres : 3 (petit côté), 4 (grand côté) et 5 (hypoténuse). Ces dimensions sont connues empiriquement (en Égypte, par exemple) longtemps avant que Pythagore ne formule son fameux théorème…

Les 12 lignes suivantes (de 6 à 17) figurent la multitude de l’église appuyée sur les 12 apôtres, lesquels se fondent sur la pierre angulaire.

Au total, le triangle compte 153 cailloux, lesquels - dans le récit de Jean 21 - sont 153 « gros poissons ». La figure du grand triangle donne la signification du récit, au delà de la lettre… L’arithmétique n’est ici intéressante que dans la mesure où le symbole est perçu.

Mais rien n’empêche, évidemment,  de lire un texte "au premier degré"…

• Ninive, la grande  

Le livret de Jonas présente un cas de nombre 12 affecté du très grand multiplicateur 10.000 : «… Ninive, la grande ville, où il y a plus de douze myriades d’humains qui ne savent pas distinguer leur gauche de leur droite…» Jonas 4,13

Beaucoup de traductions restituent : 120.000. Le texte original dit cependant « douze myriades » (12 x 10.000), ce qui est arithmétiquement identique, mais symboliquement  tout différent. La grande ville sauvée de la destruction est marquée du chiffre 12.

• Le bateau du Livre des Actes  

Pour en revenir aux nombres figurés, signalons un cas d’hexagonal fourni par un passage du livre des Actes : « Nous étions dans le bateau 276 personnes en tout » Actes 27,37

La racine symbolique est 12 (H12 = 276), ce qui est un nombre bien approprié ici puisqu’il s’agit des passagers destinés à être sauvés. La nef est aussi, dans ce contexte, une figure de l’église.

Il faut évidemment se souvenir de la manière très simple par laquelle on trouve les nombres figurés. Le calcul se fait de tête tant il est facile, pour autant qu’on sache ce qu’il convient d’additionner. Le nombre-racine 12 a pour triangulaire 78, pour carré 144, pour pentagonal 210 et pour hexagonal 276. Le gnomon de la série est ici 66 (= T11), soit le triangulaire du nombre précédent (Tn-1).

Ce qui est clair est que ce qui est signifié par le nombre 12 est symboliquement important, même si une signification identique est indiquée par un nombre différent. L’exactitude symbolique pèse ici d’un poids plus lourd qu’une exactitude arithmétique.

Jacques Chopineau, Genappe, le 26 juillet 2003  

 


          

 

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25.10.2007

 


Une parole des origines

 

 

Introduction

Le monde fut créé « par la parole ». Expression souvent redite, mais peu comprise. Dans notre culture, la parole est souvent analogue à un mot. Et dans notre monde marchand, la parole (non écrite) est parfois un simple argument de vente qui n’engage pas trop le vendeur. Les mots font partie de l’emballage.

Dès lors, la création par la parole risque d’être un énoncé incompréhensible. Cependant, dans le langage biblique, la parole véritable est l’expression de la puissance de celui qui la profère. Et si celui qui la profère est Dieu, alors cette parole est une irruption de la réalité divine :

« Il dit et cela est »
Psaume 33,9

Et –pour les chrétiens- cette « parole » divine, identique au « verbe » divin, identique à un « logos » éternel, est incarnée en la personne de Jésus.
C’est donc une personne qui « est », depuis toujours, depuis le
« commencement », cette « parole » -ou ce « verbe »…
Un non-théologien s’y perdrait, si du moins il se souciait de ces définitions anciennes.

Tentons de revenir aux textes originaux par delà les siècles de théologie dogmatique et de définitions savantes. L’entreprise est, sans doute, difficile, mais incontournable. Souvent, en effet, les mots eux-mêmes sont la source des idées que l’on pense qu’ils énoncent. L’écueil est alors de prendre les mots pour des réalités (par « hypostatisation »).

Cette « parole » des origines, pourtant, n’est pas simplement l’élément d’un discours : un mot. C’est de puissance qu’il s’agit, non de vocabulaire.

Une traduction devenue habituelle   

« Au commencement », « au principe » était le « logos », le « verbum »,
le « verbe », la « parole »…. Ainsi commence le prologue de l’Evangile de Jean. Le premier mot (« archê ») est –en grec- une reprise du début du récit biblique de la création (Genèse 1,1). Comme souvent, le texte de l’Evangile fait écho au texte de la Bible hébraïque.
Le « principe » ou le « commencement » est le même ici et là.

Le premier mot de la Bible est une énigme. Ce premier mot : « Be-ré’shyt » est généralement traduit par « au commencement », bien qu’il n’y ait pas d’article dans le texte hébreu. « En commencement » ou « par commencement » seraient plus justes grammaticalement, mais nous éloigneraient du sens devenu « canonique ».

Notons que le mot « ré’shyt » dérive de « ro’sh » (tête) et peut être traduit non seulement par « commencement », mais aussi bien par « principe » ou « en-tête ». C’est d’ailleurs ainsi que l’entendait la vieille traduction latine (« in principio»).

D’autre part, la particule « be- » signifie « dans » ou « par ». Le sens instrumental « par le moyen de » est courant en arabe, mais moins fréquent en hébreu. Pour autant, cet usage est fréquent en hébreu ancien.

De fait, peu de mots ont suscité autant de commentaires que ce mot « be-ré’shyt » que les traductions rendent mal. Pourquoi cet usage devenu courant : « Au commencement » ? C’est qu’on a vu dans ce verset un commencement absolu et non une construction circonstancielle : « Au commencement de l’acte créateur de Dieu… ou : « Lorsque Dieu commença de créer le monde… ».

Rachi, le grand commentateur médiéval, écrit sur ce sujet des remarques essentielles. Un autre grand commentateur (Ibn Ezra) avait clairement vu le problème. D’autres ensuite ont bien vu que la traduction habituelle ne tient pas compte de l’usage linguistique.

Il reste que les anciennes versions (grecque d’abord) et la vocalisation (plus tardive) des scribes « massorètes » supposent un commencement absolu (une création « ex nihilo «, c’est à dire : « à partir de rien »). Une certaine théologie l’a emporté sur la grammaire.

Dans cette perspective, la création « à partir de rien » l’a emporté sur une organisation d’un chaos primitif qui aboutit à un monde humain. Rien ne pouvait exister avant ce « commencement ». Pourtant :

« L’esprit de Dieu planait sur les eaux »
(Genèse 1,2 ).

Il y avait donc de l’eau. Quand fut-elle créée ? Rachi (encore lui !) avait bien vu le problème : « De ce verset… il faut conclure que les eaux ont existé avant la terre… ».

Si l’on s’en tient au sens littéral (obvie) du texte biblique : c’est évident. Mais la « tradition » a occulté ce point.

Le discours de la sagesse   

Les sources anciennes (tant le « midrache » que les commentaires médiévaux) rapprochent ce « ré’shyt » du texte de Proverbes 8,22. Dans ce passage (un discours de la Sagesse), le terme est employé dans le sens courant de « commencement »

Ce « commencement » est le même que celui dont la Sagesse dit qu’il était avec Dieu dès le commencement du monde. Dans le texte du livre des Proverbes, la sagesse parle ainsi d’elle-même :

« YHWH m’a créée, principe (ré’shyt) de sa voie »
Proverbes 8,22

Nous voyons là une source de l’identification : « ré’shyt » = « commencement » = « sagesse »…. À quoi on peut ajouter : = « Thora » (voir l’interprétation classique du « Midrache rabba », où Dieu regarde dans la Thora … afin de créer le monde –avec sagesse).

Il s’agit d’une vieille équivalence : Thora-sagesse. Que les modernes ne s’étonnent pas. L’ancienne littérature religieuse ne fait pas d’une vue profonde une formule ou un « dogme » à répéter. Ce que le texte donne à voir est lié, directement, à la seule sagesse du lecteur.

Le verbe et l’agneau   

Le verbe (logos = verbum, en Jean 1,1) est aussi « l’agneau de Dieu »
(« amnos tou Theou », Jean 1,36). À s’en tenir au grec, il n’y a pas de rapport entre ces deux mots différents : « logos » et « amnos ». Pourtant, la source est la même !

Il faut se souvenir que l’auteur du prologue johannique connaît les Ecritures anciennes et les langues (hébreu et araméen) de ces Ecritures. Mais le grec est alors la langue la plus répandue. Tout doit être écrit en grec afin de pouvoir être diffusé hors de Palestine. Souvent, pourtant, le texte grec de l’évangile laisse transparaître une expression originelle sémitique (non forcément un texte original « traduit », mais une pensée associative
familière …).

L’agneau de Dieu réfère au peuple d’Israël en Esaïe :

« …. Comme un agneau (hébreu : « sè ») qui est traîné à l’abattage »
Esaïe 53,7

Ce qui est normalement traduit par le Targûm (nom de la vieille traduction araméenne) « ‘imra d’elaha » (l’agneau de Dieu).

Notons que l’autre mot hébreu possible (« talè » ) n’apparaît pas dans le texte d’Esaïe 53, mais ce terme apparaît seulement dans le targûm d’un texte ésaïen tout différent :

« Le loup et l’agneau paîtront ensemble »
Esaïe 65,25.

En araméen, l’article est post-posé. Ainsi, le «’imar » (agneau) devient
« ‘imra » (l’agneau). Mais dès lors, le mot araméen est homophone (non homographe !) du mot hébreu « ‘imra » (parole).

En sorte que la « parole » et l’ »agneau » sont des homonymes –si l’on s’en tient à l’hébreu et à l’araméen. A l’inverse, les mots grecs « amnos »
(« agneau ») et « logos » (« verbe »….) n’ont rien à voir entre eux.

L’auteur du prologue johannique connaît ces langues sémitiques que sont la langue des écritures sacrées (l’hébreu) et la langue usuelle (araméenne) qui est aussi celle de la traduction targoumique. Jésus, de même, parlait l’araméen (dialecte galiléen), tout en connaissant la langue originale des Ecritures. L’auteur du prologue appartient au même milieu culturel.

Conclusions   

Le « commencement » (le « principe ») qui était auprès de Dieu est la Thora (lecture juive), la sagesse (lecture juive d’abord, chrétienne ensuite), le « logos » (lecture chrétienne) identique à la personne même du Christ (cf prologue de l’évangile de Jean).

Rien d’étonnant si les kabbalistes chrétiens de la Renaissance ont voulu lire, dans les versets du texte hébreu de Genèse 1,1-5 , une allusion au « fils ». Pour cela, ils liront dans les 52 mots de ce texte une désignation du « fils » qui se dit en hébreu : « Ben » (écrit BN, valeur numérique 52).
Quoiqu’il en soit, pendant des siècles, la doctrine a été élaborée à l’aide de notions et de concepts aujourd’hui incompréhensibles. Au point qu’il est pratiquement impossible aux croyants actuels de se demander quel est le sens des mots qu’ils reçoivent « par tradition ».

C’est là un des nombreux points qui font que les églises officielles se vident parce qu’on ne comprend plus leur langage. Dans le même temps, certaines « sectes » font le plein. Une réflexion critique n’est jamais celle du grand nombre.

Il n’y a pas d’échappatoire au retour –à frais nouveaux- au texte original et à sa traduction en langue usuelle –par delà les définitions élaborées au cours des siècles. Le texte ici choisi n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres…

Dans ce cas particulier, la définition de ce « verbe » (« logos ») qui était au commencement, est un problème qui touche à la nature même du Seigneur de l’église. Attention cependant à ne pas se figurer deux dieux (un « Père » et un « fils ») ou à faire de la Trinité une sorte de trithéisme !

Il est vrai que les définitions sous-jacentes relèvent d’une philosophie étrangère à notre temps. Pourtant, ce sont ces définitions qui commandent –dans la nuit du secret- la « réflexion » des chrétiens d’aujourd’hui. Pour combien de temps encore ?

Jacques Chopineau, Genappe, 7 juin 2005  

 


             

 

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20.10.2007

 


Des nombres dans le livre de Daniel

 

 


4. Les jours de la création

Il faut ici en appeler aux lecteurs de l’original hébreu du récit de la création selon le début du livre de la Genèse. Texte, certes, difficile par sa construction très subtile et très méthodique. Tout littéralisme serait ici naïf et - pour ainsi dire - superficiel. Mais il est vrai que ce qui suit nous entraîne dans un chemin parfois difficile. En tout cas, éloigné de nos habitudes mentales.  

On sait que les apocalypticiens, réfléchissant sur l’histoire du monde et les temps de la fin, vont relire le récit biblique de la grande semaine de l’histoire du monde. Le modèle est donné par le texte de Genèse 1. Six « jours » qui sont des septénaires et un « septième jour » qui est le dernier de la « semaine ».

Sans entrer dans beaucoup de détails, relevons que le récit hébraïque compte, pour les 6 « premiers jours », 434 mots, c'est-à-dire : 62 x 7. 
Daniel connaît cette particularité :

Sache donc et comprends ceci : depuis qu’a été proféré l’oracle sur la restauration de Jérusalem jusqu’à un chef oint, il y aura 7 semaines. Puis pendant 62 semaines, elle sera rebâtie avec places et enceinte, dans la détresse des temps. …   Il (l’oint) conclura avec un grand nombre une solide alliance pour une semaine…(Daniel  9, 26 et 27)

Sans nous arrêter sur tous les détails de ce texte énigmatique, relevons ce qui correspond aux 70 septénaires (ou « semaines d’années ») de Jérémie :

7 + 62 + 1 = 70

Le 7 se rapporte aux sept premiers mots de Genèse 1,1 (comptés deux fois, comme l’indique le grand ב qui ouvre le premier verset (la valeur numérique du ב est 2). Il faut compter deux fois les 7 mots du premier verset : une fois pour eux-même et une fois dans le comput de l’ensemble du récit des six jours).  A noter que la massora marginalis des manuscrits bibliques précisent que le ב  doit être écrit « grand ». Ce que les scribes ont toujours fait, par tradition.

Les 62 se rapportent au récit, en 434 mots, des six jours (l’ensemble de la création). Ce sont les 62 septénaires de Daniel.

Le 1 final désigne le « septième jour » et la fin de la grande « semaine » de l’histoire du monde :
Le plan de l’histoire du monde nous renseigne sur la fin des temps. Manifestement, les scribes qui ont mis en forme ce récit ont une intention. Et le milieu daniélique - longtemps après - connaît cette intention, ce qui suppose une transmission [1].

[1]  J’avais proposé (Analecta Bruxellensia, n°1 (1996) p 101 ) le sigle Pe (e = ésotérique) pour désigner ce milieu. Il faut absolument supposer des cercles restreints où ces connaissances sont transmises. Pendant des siècles, des sages ont transmis cette connaissance…

 

 


          

 


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Des nombres dans le livre de Daniel

 

 


4. Les jours de la création

Il faut ici en appeler aux lecteurs de l’original hébreu du récit de la création selon le début du livre de la Genèse. Texte, certes, difficile par sa construction très subtile et très méthodique. Tout littéralisme serait ici naïf et - pour ainsi dire - superficiel. Mais il est vrai que ce qui suit nous entraîne dans un chemin parfois difficile. En tout cas, éloigné de nos habitudes mentales.  

On sait que les apocalypticiens, réfléchissant sur l’histoire du monde et les temps de la fin, vont relire le récit biblique de la grande semaine de l’histoire du monde. Le modèle est donné par le texte de Genèse 1. Six « jours » qui sont des septénaires et un « septième jour » qui est le dernier de la « semaine ».

Sans entrer dans beaucoup de détails, relevons que le récit hébraïque compte, pour les 6 « premiers jours », 434 mots, c'est-à-dire : 62 x 7. 
Daniel connaît cette particularité :

Sache donc et comprends ceci : depuis qu’a été proféré l’oracle sur la restauration de Jérusalem jusqu’à un chef oint, il y aura 7 semaines. Puis pendant 62 semaines, elle sera rebâtie avec places et enceinte, dans la détresse des temps. …   Il (l’oint) conclura avec un grand nombre une solide alliance pour une semaine…(Daniel  9, 26 et 27)

Sans nous arrêter sur tous les détails de ce texte énigmatique, relevons ce qui correspond aux 70 septénaires (ou « semaines d’années ») de Jérémie :

7 + 62 + 1 = 70

Le 7 se rapporte aux sept premiers mots de Genèse 1,1 (comptés deux fois, comme l’indique le grand ב qui ouvre le premier verset (la valeur numérique du ב est 2). Il faut compter deux fois les 7 mots du premier verset : une fois pour eux-même et une fois dans le comput de l’ensemble du récit des six jours).  A noter que la massora marginalis des manuscrits bibliques précisent que le ב  doit être écrit « grand ». Ce que les scribes ont toujours fait, par tradition.

Les 62 se rapportent au récit, en 434 mots, des six jours (l’ensemble de la création). Ce sont les 62 septénaires de Daniel.

Le 1 final désigne le « septième jour » et la fin de la grande « semaine » de l’histoire du monde :
Le plan de l’histoire du monde nous renseigne sur la fin des temps. Manifestement, les scribes qui ont mis en forme ce récit ont une intention. Et le milieu daniélique - longtemps après - connaît cette intention, ce qui suppose une transmission [1].

[1]  J’avais proposé (Analecta Bruxellensia, n°1 (1996) p 101 ) le sigle Pe (e = ésotérique) pour désigner ce milieu. Il faut absolument supposer des cercles restreints où ces connaissances sont transmises. Pendant des siècles, des sages ont transmis cette connaissance…

 

 


          

 


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Des nombres dans le livre de Daniel

 

 


3. Les nombres de la fin

Bien des inexactitudes ont été écrites à propos des « nombres de la fin » mentionnés à la fin du livre. Il y aurait trois nombres de la fin : 1150 , 1290 et 1335 (Daniel 12, 11 et 12). Un nombre 1150 n’apparaît pas ici. De fait, ce nombre n’apparaît nulle part dans le texte biblique.
C’est là un cas de nombre imaginaire.

A ce sujet, Bibles annotées et commentaires reproduisent la même erreur. Le nombre 1150 n’existe pas. C’est le résultat de la division par 2 des 2300 soirs et matin, mentionnés en Daniel 8,14. Mais les 2300 sacrifices du matin (shaHarit) et les 2300 sacrifices du soir (ma’aravit) font, au total, 4600 sacrifices. Ce sacrifice a lieu deux fois par jour.

Par contre, ce nombre de 4600 se lit en Jérémie 52,30 : C’est le nombre total des déportés, lors du terrible châtiment de la déportation à Babylone « afin que le sanctuaire soit rétabli dans sa pureté ». Le problème de l’époque est que les sacrifices n’ont pas été accomplis comme il le fallait (cf Malachie 1,13- 2,2). Mais le propos ici n’est pas l’exégèse du livre de Daniel, mais seulement l’éclaircissement du comput de la fin du livre.

Ce comput est ignoré des commentateurs. On semble penser que le scribe aurait écrit 1290 et qu’un autre scribe (ou le même, après constat) aurait corrigé en 1335. Il faut alors supposer que les suivants auraient conservé les deux chiffres, sans les corriger !  Absurdités…

Il ne faut considérer ici que les deux nombres de la fin mentionnés en Daniel 12,11 et 12 :
Depuis le temps où sera supprimé l’holocauste perpétuel et où sera établie l’abomination du dévastateur, s’écouleront 1290 jours. Heureux qui patientera et parviendra jusqu’à 1335 jours.

Or, ces nombres sont chargés de signification pour tout familier du symbolisme biblique. En effet, 1290 (= 1260 + 30) est le nombre de jours de la grande « année » de l’histoire du monde, laquelle est une année de 13 mois selon le comput de la « grande année » luni-solaire (comput que le calendrier religieux juif a conservé). Et 1260 jours sont ceux des 42 mois de la fin selon Apocalypse 11,2 et 3.

Cependant, 1335 est le nombre pentagonal de 30 ! Quant à la somme de ces deux nombres, c’est un autre pentagonal ! En effet :

1290 + 1335 = 2625 = P42

Rappelons qu’il suffit de connaître le triangulaire de 41 et le carré de 42 pour trouver, par une simple addition, le nombre pentagonal de 42.
En l’occurrence :

T41 + C42 = 861 + 1764 = 2625

Un moderne pourrait évidemment utiliser une autre méthode de calcul pour arriver au même résultat, mais cette méthode qui consiste à utiliser le gnomon de la famille des « nombres figurés » est la plus simple et, surtout, elle est familière aux anciens. Et en tout cas, il importe de ne pas mettre en œuvre des procédures de calcul qui ne sont pas supposées avoir été connues anciennement. C’est là une évidence parfois méconnue….

 

 


          

 


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